Lorsque je me suis rendue en vacances au Sénégal en décembre 2025, je n'aurais jamais pensé que ma vie allait prendre un nouveau tournant en atterrissant par hasard dans un daara.
Un daara est une école coranique où les enfants apprennent le Coran une partie de la journée. Cependant, au Sénégal, il y a différentes sortes de daara. Et beaucoup sont de « faux daaras » où les enfants sont réduits à la mendicité pour l'enrichissement de leur maître coranique, dit marabout. Ils vivent tous dans une précarité extrême, sans soins, sans eau chaude, sans nourriture et sans amour… et subissent pour la plupart des sévices (corporels, sexuels…).
Lors de ma première rencontre avec ces talibés, je fus stupéfaite par leur grande tristesse. Cette souffrance dans leurs regards a opéré en moi un déclic. J'ai su à ce moment-là que c'était mon devoir de les aider.
Je me suis donc rendue régulièrement à Mbour, j'ai maintenu le contact avec ces enfants et j'essaie malgré tout d'avoir une relation cordiale avec leur marabout. Ceci est essentiel afin de perdurer dans la vie des enfants.
Pendant mes visites, j'ai organisé des petites sorties à la plage, des activités au daara, et ils adorent. Cela leur ouvre une autre vision du monde et surtout un réconfort, même si c'est pour quelques heures.
Leur daara est extrêmement vétuste et dangereux. Donc, grâce aux dons reçus, un nouveau sol a pu être entièrement rénové ainsi que de nouvelles toilettes, ce qui leur procure plus de dignité. Mais il reste encore tellement à faire…
Le plus important actuellement est la nourriture à apporter à ces enfants. Car en plus de mendier la somme que le marabout leur impose chaque jour, ils doivent se débrouiller seuls afin de pouvoir se nourrir.
Donc nous avons débuté avec les œufs durs, et puis maintenant une femme leur cuisine de la bouillie (une sorte de riz au lait sénégalais, bien riche en nutriments) et nous continuons avec des pâtes à la sauce. Lentement mais sûrement !
Pourquoi leur apporter ça et pas autre chose ?
Car c'est la seule chose que le marabout ne va pas leur retirer. Naturellement, au début, nous avions acheté des matelas et des nattes afin qu'ils ne dorment plus à même le sol, le sable et la crasse, mais lors de mon dernier passage, tout avait disparu. Y compris les jeux, les livres de coloriage, la peinture…
Mais où sont les parents ?
Malheureusement, les enfants sont confiés par leurs propres parents dans les daaras, et souvent ils n'ont plus aucun contact durant plusieurs années.
Ces parents pensent bien faire, car pour eux l'apprentissage de leur religion est la seule chose importante pour leur devenir. Certains sont dupés par les maîtres coraniques qui promettent un avenir radieux à leurs enfants. Et il y a certains parents qui ne se préoccupent pas de leur progéniture et préfèrent les « donner » quelque temps…
Mais il arrive que certains enfants ne reviennent jamais dans leurs familles. Car certains fuient, disparaissent, ou décèdent… souvent sous les coups de leur marabout ou même d'autres enfants talibés.



